« En l’année 1872, la maison portant le numéro 7 de Saville-row, Burlington Gardens – maison dans laquelle Sheridan mourut en 1814 –, était habitée par Phileas Fogg, esq., l’un des membres les plus singuliers et les plus remarqués du Reform-Club de Londres, bien qu’il semblât prendre à tâche de ne rien faire qui pût attirer l’attention. »

Dans l’été de 1995, j’étais en vacances en Angleterre, avec ma famille. Un jour, nous sommes alles à Londres. Evidemment, je ne pouvais pas quitter ce métropole sans avoir vu le Reform Club et la maison de Phileas Fogg, en Savile Row.

La première chose qui me frappait quand je montais l’escalier vers la porte gigantesque du fameux Reform Club, 104 Pall Mall, était l’athmosphère de luxe qui transpirait partout. A la porte, j’addressai la parole à un membre du Club. Je lui racontai que j’étais un collectionneur de Jules Verne, et que j’aimerais beaucoup voir le Club en réalité. J’essayais à être quelque peu flatteur : « Voici donc le fameux Reform Club, incroyable, que c’est beau… » Je demandai si je pouvais voir l’intérieur. « Malheureusement, non, monsieur, » répliqua le gentleman. Je voulais le persuader, mais en ce moment le portier nous joignit. Tant pis, celui-ci avait ses ordres, bien qu’il le regrettait sincèrement pour moi. Je demandai si je pouvais faire un photo alors, mais cela était strictement interdit. « Strictly members only, Sir » était la meilleure réponse qu’on me donnait. Point de visiteurs, point de photos, seulement des membres.

En attendant j’avais jeté un regard à travers la porte. Ce que je pouvais voir, c’etait un intérieur d’un luxe extrême, des portraits, des escaliers énormes, cuivre, or et rouge partout. J’avais mon appareil photo à la main, mais un vieil homme à la moustache grise descendit l’escalier et étendait sa main pour m’empêcher de faire un photo. Ils étaient tous très persistants, en tout cas plus persistant que moi. Donc, j’ai fait un photo de la natte de porte, avec le sigle du Reform Club, et je m’en allai. Je doute sérieusement que les membres du Reform Club connaissent leur illustre collègue. Bien sûr, ça ne leur intéresserait guère, puisque Phileas Fogg est un personnage d’un roman français.

Photo of the Reform Club
Le Reform Club

Mon prochain but était à voir la maison que Phileas Fogg avait habité. J’avais noté l’adresse : 47, Saville Row, Londres. Savile Row (avec un seul l) est une vieille rue, parallèle à Regent Street, qui est très connue et très peuplée. Bon nombre de tailleurs ont leurs magasins dans Savile Row, ils sont tous assez chers. Il semblait que les numéros des maison étaient distribués à la bonheur. Des maisons avaient été bâties, d’autres avaient été détruites, c’était un chaos. Je cherchais le no. 47, mais je ne le trouvais pas dans toute la rue. J’entrai le magasin d’Anderson & Co, tailleurs, établi au XIXe siècle, et je demandai s’il y avait, ou s’il y avait eu, un numéro 47, Savile Row. On pensait que non. Le tailleur connaissait le roman vaguement, il croyait que l’adresse était « probablement fictive ».

Savile Row
Savile Row

Dans Prince’s Street il y a beaucoup d’antiquariats. Je les ai visité tous, et à part d’acheter des livres, j’ai feuilleté quelques bonnes éditions d’Around the World pour voir si l’adresse était véritablement 47. Surprise : dans ces éditions, c’était le no. 7 ! L’édition que j’avais consultée d’abord avait donc changé l’adresse. Je retournai à Savile Row pour voir la maison. Rien de spécial, une ordinaire porte à côté de quelques magasins ; je crois qu’elle a connu de meilleurs temps. Mais après tout, ça me plaît bien d’avoir vu la maison de Phileas. Et cette petite excursion dans les traces de Fogg m’avait fait voir quelques beaux endroits.

Number 7
Savile Row, no 7